Femme modèle de la Première République

« …N.A. Zaïveline Ramarosaona, née Razanakiniarivololona Razafindrakotohasina, descendante d’Andrianamboninolona, du village aristocratique d’Ankadinandriana, et chrétienne engagée des Temples Protestants d’Amparibe, d’Ambatonakanga, d’Andranovelona-Ilafy, d’Ankadinandriana, d’Ambohitsiroa, et de Manandriana-Avaradrano, habitait avec son mari Ny Andriana Emile Ramarosaona, ancien ministre, et un des ses fils dans le domaine familial à Andranovelona Ilafy, village du Prince Andriantompomanjaka, fils du Roi Ralambo (1575-1600), dans l’Avaradrano Zokin’Imerina, au nord de la capitale. Issue d’une famille de onze (11) enfants dont neuf (9) filles et deux (2) garçons, elle a fréquenté l’école dès 6 ans à Fianarantsoa et a terminé ses études secondaires au lycée Galliéni à Antananarivo en décrochant le baccalauréat série Philosophie B.
Ayant obtenu une bourse d’études, Zaïveline R. Razafindrakotohasina poursuit des études à la Faculté des Sciences – options Sciences Physiques, Chimiques et Naturelles (SPCN) de l’université de Montpellier (France). Elle avoue que pour diverses raisons dont des raisons familiales, elle n’a pu mener à termes ses études dans la discipline Pharmacie que son père lui avait également conseillée ; cela n’empêche qu’elle a décroché le Certificat en Physiologie végétale et le Certificat d’Ethnologie à la Faculté des Sciences de Paris. Elle se rappelle avec une certaine fierté de ses va-et-vient entre la France et Madagascar avec ses enfants et ses activités professionnelles et ses appuis aux engagements de son époux très actif dans l’Association des Étudiants d’Origine Malgache (AEOM) dans la lutte pour l’amnistie des prisonniers dans les événements du 29 mars 1947 (Ravoahangy, Rabemananjara, Raseta, …) et dans la lutte pour l’indépendance de Madagascar.
C’était en 1962, à la suite des « Journées nationales du développement » lors desquelles, après les avoir préparé avec quelques femmes, elle a été choisie comme porte-parole et rapporteur de la situation des femmes, que s’était révélé en elle le penchant pour la question de promotion de la femme. Le Séminaire de l’organisation africaine et malgache de coopération économique (OAMCE) d’Antsirabe l’année suivante l’a convaincu de cette mission en faveur des femmes. De 1968 à 1970, elle a été désignée représentante par l’État malagasy auprès de la commission de la condition de la Femme de la Commission économique et sociale (ECOSOC) des Nations Unies à New-York.
En 1966, elle a été sollicitée par d’autres femmes issues du domaine de la santé et du domaine religieux pour fonder l’association « Fianakaviana Sambatra » (FISA). En tant que présidente de cette association mais aussi fondatrice de Soroptimist à Madagascar, Zaïveline Ramarosaona estime avoir beaucoup travaillé à promouvoir la condition féminine et à faire connaître la femme malgache à l’extérieur. Elle a fondé le « Filankevitry ny Fikambanam-behivavy eto Madagasikara » (FFVM) en 1967 pour rassembler les différentes associations de femmes éparpillées dans diverses parties de l’île et les rendre plus efficientes car dorénavant, les multiples organisations internationales de femmes leur sont accessibles, telle la Conférence des femmes africaines ou l’Organisation panafricaine des femmes ou le Mouvement mondial des mères Elle a été membre fondateur de nombreuses associations et ONG en faveur des femmes : Femme et Développement, CAFED, Fanala, DRV…
Le côté coriace intellectuel:
Parallèlement à une vie conjugale fructueuse et épanouie, avec sept rejetons, Zaïveline Ramarosaona a été partout à la fois. Sa vie matrimoniale a été partagée entre ses enfants, leur éducation et leurs études, d’une part, ses études universitaires et ses activités professionnelles d’autre part, sans oublier les appuis aux activités de son époux, à Paris et à Madagascar. Assistante d’Ethnologie à l’Institut de Recherche Scientifique de Madagascar (IRSM) [1] à Tsimbazaza, Zaïveline Ramarosoana a fait au nom de l’IRSM des recherches sur l’élevage de vache laitière à Antananarivo et ses environs. Elle a également été missionnée pour conduire des recherches ethnologiques (sur les us coutumes des habitants) et la démographie dans l’Alaotra, plus précisément dans la réserve dite « Réserve naturelle n°3 » où l’État avait envisagé mettre en œuvre un projet devant mener à déplacer ailleurs les populations de la zone. D’autres travaux lui ont été confiés [4] avant qu’elle ne soit admise comme membre correspondant de l’Académie Malgache dans la Section « Sciences morales », jusqu’en 1986. Elle obtient sa maîtrise en Sociologie à l’université Charles de Gaulle (Antananarivo) en 1965 et décroche à 53 ans son Doctorat de 3e Cycle de Sociologie sur le Fokonolona (EHESS, Paris, 1979).
Engagement professionnel et patriotique:
Entretemps, Zaïveline Ramarosaona avait été appelée après un concours ouvert aux métropolitains et aux ressortissants des départements d’Outre-Mer, à travailler au sein de l’Assemblée de l’Union Française (AUF), à Versailles. Avec ses quatre enfants, elle y a servi pendant près de deux ans avant d’être détachée à l’Assemblée représentative à Tsimbazaza-Antananarivo, devenue par la suite du développement de la vie nationale, Assemblée nationale. En tout cas, Zaïveline Ramarosaona a vécu à Tsimbazaza, la délicate transition de l’Assemblée représentative vers l’Assemblée nationale en tant que responsable de la documentation, de la bibliothèque et de la traduction.
En tant qu’épouse d’un patriote apparemment nationaliste, Zaïveline ne pouvait être à l’abri des critiques portées contre son mari Emile Ramarosaona qui présidait l’Union des Intellectuels et universitaires de Madagascar (UNIUM), à l’origine du Congrès pour l’Indépendance de Madagascar [6]. Toujours est-il que ses capacités linguistiques et ses expériences professionnelles ont toujours primé ; elle a été membre du cabinet de Jacques Rabemananjara au ministère des Affaires étrangères.
Sur le plan international, étant une des rare femmes malagasy estimée au top niveau mondial, elle a rencontré plusieurs hautes personnalités, dont la Reine mère Elisabeth au Royaume-Uni, la Reine Fabiola du Royaume de Belgique, l’Impératrice Farah Diba la femme du Shah d’Iran Reza Pahlavi, et le futur premier ministre Golda Meir en Israël..
En conclusion, Ny Andriambavy Zaïveline R. Razafindrakotohasina Ramarosaona, chrétienne engagée, Docteur en Sociologie, académicienne, était une femme de culture et coriace dans ce qu’elle entreprend et dans ses convictions pour la défense de la femme malagasy, de la famille, des patriotes, du Fokonolona, de son pays, et des femmes dans le monde entier… ».