MORCEAUX D’HISTOIRE & GENEALOGIE
« …Ny ranomasina no valam-pariako! »
Nangonin’i Moïse Ramilamintsoa
Républiques: Répères 2
Janvier au 25 Mai 1970: Le Président Tsiranana est évacué et soigné à l’Hopital de la Salpêtrière à Paris pour troubles hémiplégiques. Course au pouvoir chez les « pseudo-dauphins ». Durant son absence, l’intérim de la Présidence est assuré par un « TROIKA »: le Vice-Président du Gouvernement TSIEBO Calvin, Ministre sans portefeuille (qui n’avait, toutefois, pas le rôle d’un Premier Ministre), RESAMPA André, Ministre de l’Intérieur et Secrétaire Général du puissant PSD, et RABEMANANJARA Jacques, Ministre des Affaires Etrangères.
Ce dernier représentait les tendances libérales et chrétiennes, alors que Resampa, « homme fort » du régime penchait pour accentuer socialisme et laïcisme.
Novembre 1970: Premiers accords économiques, culturelss et techniques signés avec Pretoria (Afrique du Sud: régime de l’apartheid).
Février 1971: Dissolution du gouvernement et formation d’un nouveau: Resampa André est nommé non plus premier, mais 2ème Vice-Président du Gouvernement et Ministre d’Etat à l’Agriculture, mais non plus Ministre de l’Intérieur comme auparavant, ce poste étant cumulé par le Président Tsiranana en plus de celui de la Défense..
01 Avril 1971: Révolte sanglante dans le Sud faisant plus de 1.000 morts: le parti politique MONIMA accusé de complot « maoïste » et d’agitateur; son chef MONJA Jaona fut mis en prison. Les paysans se sont révoltés à cause des exactions commises par les autorités locales pour le recouvrement des impôts (impôt sur les boeufs et impôt sur la capitation). Tsiebo étant originaire du grand Sud (Betroka) et Resampa du Sud-Ouest (Morondava), cette affaire créa une grave scission au sein du parti au pouvoir.
01 Juin 1971: Mr. Resampa est arrêté, déchu de ses fonctions et mis en résidence surveillé à l’île Sainte Marie. Il est accusé par le Président Tsiranana d’être de mèche avec les Etats Unis d’Amérique et de comploter contre l’Etat: l’ambassadeur de ce pays, Mr David MARSHALL, est declaré « personnae non grata » et prié de quitter le pays.
30 Janvier 1972: Philibert Tsiranana est réélu Président de la République avec 99,8% des suffrages exprimés.
Février 1972: Grève de l’Ecole de Médecine de Befelatanana à Antananarivo.
Avril 1972: L’AUPELF, ou Association Universitaire Partiellement ou Entièrement de Langue Française, tient ses assises à l’Université de Madagascar dont les étudiants déclenchent aussi leur grève. Les élèves des Lycées et des Collèges de la Capitale grossiront par solidarité les rangs des grévistes du 24 au 30 Avril
13 Mai 1972: Dans la nuit du 12 au 13 Mai, le Gouvernement envoya en déportation au bagne de l’île de Nosy Lava 400 protestataires, après un Conseil restreint des Ministres présidé par le Président Tsiranana à Ranomafana-Ifanadiana, où il était en cure.
Le lendemain 13 Mai, les syndicalistes se joignirent aux étudiants pour former une très vaste manifestation sur l’Avenue de l’Indépendance, baptisée par la suite « Place du 13 Mai ». Répression par les armes des F.R.S. (Forces Républicaines de Sécurité): 34 morts dont 10 parmi les forces de l’ordre. L’armée refusait de prendre part à la répression, mais fut appelée par la population pour prendre le pouvoir auquel on reprochait sa politique « néo-colonialiste ».
18 Mai 1972: Le Général Gabriel RAMANANTSOA, Chef de l’Etat-Major de l’Armée Malgache est investi des pleins pouvoirs par le Président Tsiranana, et rendait public, le 27 Mai, la composition du nouveau Gouvernement avec 5 militaires et 6 civils (11 personnes en tout, par opposition aux précédents gouvernements avoisinant la trentaine).
Le Général Ramanantsoa cumulait avec son poste de Premier Ministre les fonctions de Ministre de la Défense Nationale et des Forces Armées, et celles du Plan. Les 4 autres Officiers du gouvernement étaient: le Colonel Richard RATSIMANDRAVA, Ministre de l’Intérieur; le Capitaine de Frégate Didier RATSIRAKA, Ministre des Affaires Etrangères, le Général Gilles ANDRIAMAHAZO, Ministre de l’Aménagement du Territoire, le Lieutenant-Colonel Joël RAKOTOMALALA, Ministre de l’Information.
Les 6 civils étaient: le Dr. Emmanuel RAKOTOVAHINY, Ministre du Développement Rural, le Dr. Justin MANAMBELONA, Ministre des Affaires Culturelles, le Professeur Albert ZAFY, Ministre des Affaires Sociales, Mr ANDRIANADA, Ministre de la Justice, Mr. Albert Marie RAMAROSON, Ministre de l’Economie et des Finances, le Pasteur Daniel RAJAKOBA, Ministre de la Fonction Publique et du Travail.
08 Octobre 1972 Validation de l’option populaire et du programme gouvernemental par voie de référendum et élection des membres du Conseil National Populaire pour le Développement (CNPD).
Le gouvernement Ramanantsoa s’est voulu « apolitique »: l’équipe étant constitué d’hommes sans étiquette, mais reconnu pour leur probité. Il n’en demeure pas moins que les ministres, à qui le Chef de gouvernement avait donné une large autonomie d’action dans leur domaine respectif, avaient chacun leur tendance politique: les uns de tendance plutôt libérale, les autres assez progressistes, les autres encore foncièrement révolutionnaires.
27 Décembre 1972: MANANDAFY Rakotonirina, ancien théoricien et Secrétaire Général du Monima, crée le parti MFM (ou « Mpitolona ho an’ny Fanjakan’ny Madinika »).
Juin 1973: Le Ministre des Affaires Etrangères, Didier Ratsiraka dirigea la délégation malgache pour négocier de nouveaux accords de coopération franco-malgaches: Madagascar quitte la zone franc. Des relations diplomatiques sont nouées avec les pays socialistes, les relations avec l’Afrique du Sud et Israël ayant été rompues.
Ramanantsoa conciliait difficilement les diverses tendances au sein de son gouvernement. L’armée elle-même était divisée: une mutinerie se produisait en Décembre 1974.
21 Janvier 1975: Le Colonel Bréchard RAJAONARISON, impliqué dans un précédent complot semble-t-il, se réfugiait au G.M.P. (Groupe Mobile de Police, ancien F.R.S.) avec un groupe de mutins.
25 Janvier 1975: Le Général Ramanantsoa destitua son gouvernement.
05 Février 1975: Ramanantsoa remet les pleins pouvoirs au Colonel RATSIMANDRAVA. Ce dernier présente le soir même son gouvernemet composé de 6 militaires et de 9 civils, suivant la ligne de conduite de Ramanantsoa en formant un gouvernement apolitique chargé de développer le pays sur la base du « FOKONOLONA », communauté villageoise traditionnelle de la société malgache, siégeant en assemblée dans le cadre d’une restructuration du monde rural, en vue de la « maîtrise populaire du développement ».
11 Février 1975: La voiture du nouveau Chef de l’Etat tombait dans une embuscade alors qu’il rentrait chez lui, et il fut assassiné ce soir-là par une rafale de balles: il n’avait été Président que pendant SIX jours.
La même nuit, au milieu de l’affolement général, le doyen du Cabinet de Ratsimandrava, le Général ANDRIAMAHAZO constituait un Comité National Militaire de Salut Public (Directoire Militaire) composé de 18 Officiers et imposait la loi martiale pour ramener le calme dans le pays.
13 Février 1975: Les activités des partis politiques sont suspendues. Le Directoire assurera la continuité en matière de relations extérieures et respectera tous les engagements et accords internationaux signés antérieurement par la République Malgache.
21 Mars 1975: Ouverture du procès de l’assassinat de Ratsimandrava au Palais de Justice d’Anosy: 296 personnes ont été inculpées, parmi lesquelles l’ancien Président Philibert TSIRANANA, l’ancien Ministre de l’Intérieur, RESAMPA, Secrétaire Général du P.S.M (Parti Socialiste Malgache qu’il créa après sa déportation à Sainte Marie), le Colonel Roland RABETAFIKA (premier Officier arrivé sur les lieux du crime: il était Directeur Général du Gouvernement de Ramanantsoa et habitait le quartier où l’attentat avait eu lieu), et le chef des mutins le Colonel Bréchard RAJAONARISON.
Juin 1975: Le verdict rendu condamnait 3 comparses à 5 ans de travaux forcés et acquittait tous les autres inculpés. Toute la lumière ne fut pas faite sur cette affaire.
15 Juin 1975: Les 18 membres du Directoire Militaire élirent le Capitaine de Frégate Didier RATSIRAKA Président de la nouvelle institution qui vient d’être créée: le Conseil Suprême de la Révolution (connu sous le sigle C.S.R.).
16 Juin 1975: Nationalisation de toutes les banques et sociétés d’assurances opérant à Madagascar, nomination des 8 militaires membres.du CSR, en sus de son président: Lt-Colonel Joël Rakotomalala, Lt-Colonel, Jaona Mampila, Commandant Fernand Patureau, Commandant Désiré Rakotoarijaona, Commandant Martin Rampanana, Capitaine Ferdinand Jaotombo, Capitaine Jean de Dieu Randriantanana, Capitaine Max Marson,
et formation d’un gouvernement de 12 membres (le Ministère de l’Intérieur étant cumulé par le CSR Jaona Mampila).
21 Décembre 1975: Reférendum pour consacrer la mise en place de la IIème République (la R.D.M. ou République Démocratique de Madagascar), la nouvelle Constitution et la Charte de la Révolution socialiste malgache, le « Boky Mena » ou Livre Rouge. Le Front National pour la Défense de la Révolution (FNDR) intègre les partis politiques et organisations révolutionnaires qui adhèrent à la Charte: ce sont l’AREMA (Avant-Garde de la Révolution Malgache, parti créé par Didier Ratsiraka dont il en est le Secrétaire Général); l’AKFM-KDRSM, le MONIMA, le VONJY Iray Tsy Mivaky.du Dr. Marojama Razanabahiny, l’UDECMA de Solo Norbert Andriamorasata (Union des Démocrates Chrétiens). La tendance est à la création d’un Parti unique à Madagascar.
L’AKFM admet qu’il y a un « vide politique » que les nombreux partis du moment n’arrivent pas à combler. Il ne maintient plus le « socialisme scientifique à la soviétique » mais veut participer à la recherche d’un type d’action socialiste adapté aux réalités malgaches.
30 Décembre 1975: Cérémonie d’investiture du Président Ratsiraka comme Chef d’Etat: il s’agit pour le Front NDR de mettre en oeuvre, notamment dans les domaines de l’enseignement et de l’économie, les revendications de 1972, démocratisation, malgachisation et décentralisation. Les biens français et les secteurs économiques vitaux sont nationalisés. l’Etat s’endette et pratique la politique « d’investissements à outrance ».
Juin 1977: Elections législatives: le parti AREMA obtient 112 députés sur 137 sièges.
Le MONIMA quitte le Front NDR et se scinde en deux: l’aile de Monja Jaona voyait en l’actuel président Ratsiraka le principal « ennemi » à écarter coûte que coûte, arguant qu’elle a le soutien du peuple qui est disposé à recourir aux moyens violents pour faire aboutir leurs idées. Le nouveau parti Vondrona Sosialista Monima (VSM) dirigé par Remanindry Jaona soutient que l’ennemi n’est pas Ratsiraka, mais les capitalistes étrangers et ceux nationaux qui veulent conquérir le pouvoir afin de contrarier « l’avancée de la révolution socialiste »
1977: Arrestation de 3 officiers de la gendarmerie et de l’armée pour complot et atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat: le commandant ANDRIAMAHOLISON Richard ex ministre de l’Information et du Tourisme), le Capitaine RAKOTONIRINA Marson ex aide de camp du Général RAMANANTSOA, et le Capitaine RAKOTO ABEL.
Les contrecoups de deux crises pétrolières et la chute des cours des matières premières entraînent rapidement une régression de la démocratie, et la corruption revient au galop. Instauration d’une économie de pénurie au début des années 1980.
20 Janvier 1980: Création du F.F.K.M. (Fiombonan’ny Fiangonana Kristiana eto Madagascar) ou Conseil des Eglises Chrétiennes de Madagascar, créé à l’église d’Isotry Fitiavana.
1982: Des difficultés de tous genres contraignent le gouvernement à engager des négociations avec les institutions internationales et à adopter une politique d’ajustement structurel. La collecte et la distribution des produits agricoles, en particulier le riz, sont libéralisées, engendrant une hausse substantielle des prix de denrées de base que l’Etat, en « bon élève du FMI », ne peut plus subventionner.
Les dévaluations successives entraînent un appauvrissement général et son corollaire, le mécontentement populaire. Certains partis au sein du Front réclament des changements de ce dernier pour s’adapter aux réalités.
1983: Jugement rendu par le tribunal contre les 3 officiers arrêtés en 1977: le commandant ANDRIAMAHOLISON Richard, le Capitaine RAKOTONIRINA Marson et le Capitaine RAKOTO ABEL sont condamnés à la déportation à perpétuité.
29 Avril 1989: Le Pape Jean Paul II célèbre une messe oecuménique à la cathédrale d’Andohalo. Durant sa visite à Madagascar, il procéda à la béatification de la Bienheureuse Victoire Rasoamanarivo, nièce de l’ancien Premier Ministre Rainilaiarivony. A cette occasion, l’Eglise Catholique transféra son corps dans la Chapelle sise devant le portail de la Cathédrale d’Andohalo.
1990: Les forces d’opposition créent le Conseil Permanent des Forces Vives pour demander un changement de régime. De nouvelles organisations politiques ont vu le jour: GRAD-Iloafo du Pr Willy Léonard et Rabetsitonta Ratovonanahary, CSDDM de Mr Francisque Ravony, AKFM-Fanavaozana du Pasteur Richard Andriamanjato, UNDD du Dr. Emmanuel Rakotovahiny, VVSV de Daniel Ramaromisa, PRM de Roger Ralison, RPSD de Pierre Tsiranana, Fihaonana de Guy Willy Razanamasy
1990: le commandant Andramaholison Richard, le Capitaine Rakotonirina Marson et le Capitaine Rakoto Abel sont libérés après 13 ans de détention pour avoir milité pour la libération de leur pays
10 Novembre 1990: Première apparition de la Vierge Marie à un paysan, Raharimanana Patrice (ou Ra-Patrice) à Andasibe Andriamenakely, au nord-est d’Antananarivo. La deuxième apparition eut lieu le 29 Mars 1991 à Anosivolakely, ainsi que celles (une bonne dizaine) qui vont suivre. Son message pour l’humanité: égoïsme, cupidité, vanité et plaisirs charnels excessifs sont des fléaux qu’il faut combattre, sinon des évènements graves surviendront avec la pauvreté, pour les Malgaches en particulier.
08 Juillet 1991: La grève générale est décrétée par les Forces Vives dans tout le territoire.
10 Août 1991: Les manifestants marchent sur le Palais d’Etat d’Iavoloha pour exiger la démission du Président. L’Amiral Ratsiraka ordonne au régiment de la sécûrité présidentielle de tirer sur la foule, faisant une centaine de morts et de blessés.
31 Octobre 1991: Par la Convention dite de « Panorama » (nom de l’Hotel où les négociations et la signature ont eu lieu), le Président Ratsiraka accepte la création d’une Haute Autorité de l’Etat (H.A.E.) et d’un gouvernement de transition dirigé par le pharmacien Guy Willy RAZANAMASY.
Nomination des 11 membres de la Haute Cour Constitutionnelle (H.C.C.):
– quota du Président: 1) Victor Boto, 2) Honoré Rakotomanana, 3) Berthe Rabemahefa, 4) Georges ThomasIndrianjafy;
– quota de la H.A.E.: 1) Norbert Lala Ratsirahonana, 2) Rakivolaharivony Jeanine Hortense, 3) Imboty Raymond, 4) Florent Rakotoarisoa, 5) Jean Michel Rajaonarivony
– quota du Premier Ministre: 1) Jules Mananjara, 2) Dieudonné Andriantsihofa Rakotondrabao
1992: Création de l’Association LEADER-Fanilo de Herizo Razafimahaleo qui prône le renouvellement et le rajeunissement de la classe politique, pour faire de la politique « autrement ».
Août 1992: Adoption par referendum d’une nouvelle Constitution èquilibrant les pouvoirs entre un président élu au suffrage universel, et une Assemblée nationale « souveraine ».
Février 1993: Elections présidentielles: le candidat des Forces Vives, le Professeur de médecine Albert ZAFY, ancien ministre du Général Ramanantsoa, gagne les élections sous l’étiquette des Hery Velona (Forces Vives) et devient Président de la IIIème République.
L’Amiral Didier Ratsiraka choisit « l’exil volontaire » à Paris avec sa famille.
Le Président ZAFY affirme privilégier la lutte contre la pauvreté et vouloir faire du pays un « dragon économique de l’Océan Indien », mais les conflits qui l’opposent au Premier Ministre et aux députés entraînent une instabilité telle qu’en trois ans à peine se succèdent huit gouvernements et trois Premiers Ministres. (l’avocat d’affaires Francisque RAVONY, le Dr Vétérinaire Emmanuel RAKOTOVAHINY, et l’ancien Président de la Haute Cour Constitutionnelle Norbert Lala RATSIRAHONANA).
Les conditions de vie de la population ne cessent de se détériorer: le gouvernement, sur les conseils du FMI, optent pour le « flottement de la monnaie » qui perd 60% de sa valeur, la corruption gagne du terrain. L’Etat est pressé par la Banque Mondiale de se désengager du secteur productif. le gouvernement entame la politique de privatisation. Les investisseurs étrangers s’implantent dans le pays et les zones franches se développent rapidement. Le Premier Ministre de la Transition Guy Willy Razanamasy devient Maire de la capitale.
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