Les rois (mpanjaka) et chefs de clans de Vohipeno
bénissent le Vice-Postulateur en vue du procès
de béatification à Rome
(jeudi 15 et vendredi 16 mai 2014)

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INTRODUCTION
Lettre de présentation de l’enquête adressée à Rome et argument de la cause
Le P. François Noiret, sj, professeur d’anthropologie au grand Séminaire de Fianarantsoa, BP 1200, Mahamanina,
FIANARANTSOA – 301 – MADAGASCAR (francois.noiret@jesuites.com),
aux Pères Francesco Vinci, provincial des Capucins de Madagascar, et Floriot Tessari, postulateur général de l’Ordre. Fianarantsoa, ce jeudi de Pâques 28 avril 2011
Mes Révérends Pères, Monseigneur Benjamin Ramaroson, évêque de Farafangana sur la côte sud-est de Madagascar, m’a prié de rédiger en peu de pages l’argument de la cause de Lucien BOTOVASOA, instituteur catholique de Vohipeno, bourgade de ce diocèse, chrétien modèle tué lors de l’Insurrection malgache de 1947, ayant laissé une réputation de martyr et de sainteté.
Une première enquête canonique avait été confiée jadis par l’évêque de Farafangana, Mgr Chilouet, au Père Louis Deguise qui la mena de 1965 à 1968 ; précieuse, mais incomplète, elle n’aboutit pas, car les circonstances politiques et le traumatisme laissé par l’Insurrection restaient alors trop sensibles tant au niveau local qu’au niveau national. J’ai retranscrit, analysé et utilisé les documents de cette enquête et repris le travail à frais nouveaux, allant sur place à huit reprises de 2007 à 2011, en découvrant les lieux, en retrouvant des témoins majeurs et divers documents écrits, quelques photos aussi.
Par un universitaire spécialiste de cette période, j’ai retrouvé les archives judiciaires du procès de 1948-1949 concernant l’assassinat de Lucien Botovasoa. Les archives de la paroisse ont fourni aussi
de nombreuses indications utiles. On peut considérer maintenant l’enquête comme terminée.
J’ai pu rencontrer à plusieurs reprises les six frères et sœurs de Botovasoa encore vivants, ses deux filles et le bourreau lui-même, ainsi que de nombreux témoins de cette période, dont plusieurs de ses anciens élèves. Inutile de dire que les entretiens ont été parfois très délicats, lents et douloureux. Il a fallu reprendre bien des conversations, confronter les faits et les personnes pour dévoiler le fond des choses, déceler les mensonges, écarter les affabulations, apprendre à reconstituer les événements malgré la distance et la perte des souvenirs, d’autant que les témoins, quoique relativement nombreux, sont aujourd’hui très âgés et pour beaucoup illettrés.
En 2008, Mgr Benjamin Ramarosona a souhaité une première commémoration publique de Botovasoa : le Centenaire de sa naissance fut célébré au jour anniversaire de sa mort, le 17 avril, sur les lieux conservés et protégés par la population depuis 1947. Avec cette célébration, les choses ont pris soudain une ampleur extraordinaire, sur place et dans tout le diocèse, voire au-delà, et la date du 17 avril est devenue une date annuelle de référence pour toute la ville. Le livret préparé jadis par le Père Deguise a été révisé et tiré à 2.500 exemplaires, vite épuisés. L’histoire de Botovasoa est jouée dans tous les districts et paroisses, le lieu est visité, on vient puiser l’eau du fleuve à l’endroit où son corps fut jeté etc., si bien qu’on est déjà obligé d’aménager les lieux.
Mgr Nugent, Nonce Apostolique, s’y est arrêté en août 2010 en revenant des Journées diocésaines des Jeunes de Farafangana et a reconnu le phénomène de dévotion populaire. Voici l’argument de l’histoire de Lucien BOTOVASOA telle qu’elle se dégage désormais de l’enquête.